Médecin en France, médecin en Israël : « Tout ce qui peut être préparé avant l’Aliyah est du temps gagné »

Arrivée en Israël avec sa famille en août 2024, le Dr Carlynn Bitton Horyn exerce aujourd’hui au sein de Clalit. Au micro de Jean-Charles Banoun lors du Global Aliyah Live Summit de Ynet Global, elle raconte son parcours, la reconnaissance de son diplôme, son apprentissage de l’hébreu et sa découverte d’un système de santé très différent du modèle français. Son message aux futurs Olim : ne pas attendre l’arrivée pour commencer à se préparer 

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Pour une famille qui prépare son Aliyah, la santé fait partie des grandes interrogations. Comment fonctionne le système israélien ? Comment choisir sa caisse d’assurance maladie ? Comment retrouver un médecin, un pédiatre ou un spécialiste ? Et pour les professionnels de santé eux-mêmes, une autre question s’ajoute : peut-on réellement poursuivre en Israël la carrière construite en France ?
Le Dr Carlynn Bitton Horyn peut répondre à ces questions des deux côtés. Médecin généraliste également spécialisée en sommeil, elle a fait son Aliyah en août 2024 avec son mari et leurs trois enfants. Une décision familiale prise bien avant le départ et préparée pendant plusieurs années.
Global Aliyah Live Summit – Dr Carlynn Bitton Horyn
(Video : Lior Sharon, Tal Azulai, Tal Saar)
« Tout le monde savait que dans cinq ans, nous ferions notre Aliyah », raconte-t-elle à Jean-Charles Banoun. Le 7 octobre 2023 a forcément bouleversé la dernière année de préparation et suscité de nouvelles interrogations. Mais la décision, elle, avait été prise bien auparavant. Malgré le contexte, la famille choisit finalement de maintenir son projet.

Faire reconnaître son diplôme avant de partir

Pour le Dr Bitton Horyn, la préparation ne concernait pas seulement le logement, les enfants ou la vie quotidienne. Elle avait également commencé, bien avant son départ, les démarches nécessaires pour pouvoir continuer à exercer la médecine.
Son conseil aux médecins qui envisagent l’Aliyah est simple : ne pas attendre d’être en Israël pour lancer la reconnaissance de son diplôme.
« Cela se prépare bien un an avant si on ne veut pas perdre de temps en arrivant », explique-t-elle. Diplômes, relevés de notes, stages et différentes validations : le dossier nécessite de l’anticipation. Dans son cas, elle avait déjà obtenu la reconnaissance de son diplôme par le ministère israélien de la Santé quelques mois avant son Aliyah.
Cette préparation lui a permis d’avancer rapidement une fois installée. Mais un autre défi restait à relever : la langue.
Là encore, elle conseille de commencer le plus tôt possible.
« S’avancer en hébreu un maximum. Tout ce qui sera fait en avance, c’est toujours ça de gagné. »
Elle-même avait appris à lire et écrire l’hébreu à l’école juive en France, sans pour autant maîtriser l’hébreu parlé moderne. Un an avant son départ, elle commence donc un oulpan depuis Paris. Une fois en Israël, elle poursuit son apprentissage et suit également un oulpan médical, qu’elle juge essentiel même s’il n’est pas obligatoire. Arrivée en août, elle commence à travailler en janvier.
Global Aliyah Live Summit – Dr Carlynn Bitton Horyn
Global Aliyah Live Summit – Dr Carlynn Bitton Horyn
Global Aliyah Live Summit – Dr Carlynn Bitton Horyn
(Photo: Screenshot)

« Pourquoi venir travailler en Israël en période de guerre ? »

Son arrivée dans le système de santé israélien lui réserve aussi une surprise : l’accueil de ses collègues, mais surtout celui des patients.
« Les gens étaient très surpris de voir venir des médecins de France, de voir venir des médecins de l’étranger. Pourquoi venir en période de guerre travailler en Israël ? »
Malgré un hébreu encore hésitant au début, elle raconte avoir rencontré beaucoup de bienveillance. Ses patients, dit-elle, ne remettaient pas en question ses compétences lorsqu’un mot lui manquait. Au contraire, certains la remerciaient d’être venue apporter son expérience au système de santé israélien.

Comprendre la caisse de santé avant d’en avoir besoin

Pour les nouveaux Olim qui ne travaillent pas dans le domaine médical, le Dr Bitton Horyn a un autre conseil : comprendre le système de santé avant qu’un problème ne survienne.
Car pour un Français habitué au fonctionnement de l’Assurance Maladie, la logique israélienne peut sembler déroutante au départ.
« Le système est différent, il est construit différemment, mais il est très efficace », estime-t-elle.
En Israël, le nouvel immigrant doit choisir l’une des quatre caisses d’assurance maladie. Puis, une fois installé, le Dr Bitton Horyn recommande de se rendre rapidement dans le centre de soins de sa caisse le plus proche, de trouver son médecin de famille et, pour ceux qui ont des enfants, leur pédiatre.
Pour les francophones, trouver un professionnel parlant français peut également faciliter considérablement les premiers mois.
L’objectif est de faire toutes ces démarches tranquillement, avant qu’un problème médical ne se présente. Ainsi, lorsqu’un enfant tombe malade ou qu’un adulte doit consulter, la famille sait déjà où aller et à qui s’adresser.

Un dossier médical qui suit le patient

Elle-même dit avoir été « très agréablement surprise » par certains aspects du système israélien, notamment par la circulation de l’information médicale.
Le dossier du patient permet aux professionnels de santé de retrouver ses informations, ses examens et ses analyses à travers le réseau de soins. Un patient qui se trouve loin de son domicile et doit consulter peut ainsi permettre au médecin qui le reçoit d’accéder rapidement à son historique médical.
Pour le Dr Bitton Horyn, cette continuité représente un avantage important, tant pour la prise en charge des patients que pour l’exploitation des données à des fins de recherche.
Elle reconnaît toutefois que la terminologie et les procédures peuvent sembler complexes aux nouveaux arrivants. Ordonnances, orientations vers les spécialistes ou formulaires administratifs : autant de nouveaux codes qu’il faut apprendre.
Mais une fois le fonctionnement expliqué, assure-t-elle, le système devient beaucoup moins intimidant. C’est aussi un rôle qu’elle assume aujourd’hui auprès de ses propres patients francophones : non seulement les soigner, mais leur expliquer comment naviguer dans ce nouvel environnement médical.
Dr Carlynn Bitton Horyn
Dr Carlynn Bitton Horyn
Dr Carlynn Bitton Horyn
(Photo: Screenshot)

Une Aliyah qui concerne toute la famille

La réussite professionnelle ne raconte cependant qu’une partie de son Aliyah.
Ses trois enfants n’étaient pas nécessairement enthousiastes à l’idée du départ au début. Deux ans plus tard, ils effectuent déjà leur troisième rentrée scolaire en Israël et, raconte leur mère, se sont bien intégrés.
Le défi était particulièrement important pour sa fille aînée, arrivée au lycée, à un âge où changer simultanément de pays, de langue, d’amis et de système scolaire est loin d’être évident. La famille a choisi de l'inscrire dans le système scolaire israélien plutôt que de conserver un cursus français — un pari dont le Dr Bitton Horyn se dit aujourd’hui satisfaite.
Cela ne signifie pas que tout a été simple. Le déracinement et surtout l’éloignement d’une grande partie de la famille restée en France ont compté parmi les difficultés des premiers mois.
Elle ne cache pas non plus qu’une Aliyah peut impliquer, temporairement, de renoncer à certains éléments de confort ou d’accepter de faire quelques pas en arrière avant de reconstruire.
Mais aujourd’hui, elle ne regrette pas la décision.
Son expérience résume peut-être l’un des fils conducteurs de cette nouvelle vie : anticiper ce qui peut l’être, accepter que tout ne le puisse pas, puis se donner le temps de trouver sa place.
Car même lorsqu’elle est préparée pendant plusieurs années, l’Aliyah reste, selon ses propres mots, « un vrai nouveau départ ».
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