« Une Aliyah doit être préparée » : les conseils d’Arie Abitbol aux futurs Olim

Emploi, école, hébreu, niveau de vie : derrière la décision de faire son Aliyah se cachent des questions très concrètes. Invité de Jean-Charles Banoun lors du Global Aliyah Live Summit de Ynet Global, Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli, explique pourquoi la préparation doit commencer bien avant le départ — et pourquoi il faut parfois accepter de faire un pas en arrière pour mieux rebondir en Israël 

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Comment transformer l’idée de faire son Aliyah en un projet réaliste ? C’est précisément la mission d’Ofek Israeli. Mandatée par le ministère de l’Aliyah et de l’Intégration, l’organisation mène des activités dans plus de 60 communautés à travers le monde, avec des salons, des séminaires, des oulpanim et des rencontres destinées à préparer les candidats à l’Aliyah avant leur départ.
À sa tête, Arie Abitbol connaît lui-même l’expérience de l’immigration. Son histoire avec Israël commence à l’adolescence, lors d’un voyage depuis le Maroc.
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
(Video: Lior Sharon, Tal Azulai, Tal Saar)
À Jérusalem, face à la vieille ville, un guide prononce une phrase qui, raconte-t-il, changera le cours de sa vie : « Ici, nous ne sommes pas spectateurs de notre histoire, nous sommes acteurs de notre histoire. »
À 18 ans, alors que ses amis choisissent la France, les États-Unis ou d’autres destinations, lui décide de s’installer en Israël. « J’avais envie d’être l’acteur de mon histoire », se souvient-il.

Une Aliyah accélérée par le contexte, mais pas seulement

Aujourd’hui, Abitbol observe une évolution importante de l’intérêt pour l’Aliyah dans plusieurs communautés occidentales.
France, Royaume-Uni, Australie, Canada : selon lui, le sujet prend une place croissante dans des communautés où la réflexion n’était pas toujours aussi avancée il y a encore quelques années. Le contexte depuis le 7 octobre et la montée de l’antisémitisme jouent incontestablement un rôle.
Mais il refuse de résumer cette évolution à une « Aliyah de fuite ».
« Ce sont des communautés extrêmement sionistes », souligne-t-il. Pour lui, le contexte actuel peut accélérer une décision qui existait déjà en arrière-plan : « Ils ont toujours aimé Israël, ils continuent à aimer Israël, mais la situation fait que cela accélère un peu les choses. »
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
(Photo: Screenshot)

« Il faut tout expliquer aux gens »

Encourager l’Aliyah ne signifie cependant pas présenter une image idéalisée de la vie en Israël.
Arie Abitbol insiste au contraire sur la transparence.
« Les choses ne sont pas faciles. L’Aliyah n’est pas une chose facile », dit-il. Mais connaître les difficultés avant d’arriver permet justement de mieux les affronter.
Les préoccupations varient d’ailleurs considérablement selon les communautés. Les francophones connaissent généralement déjà Israël et disposent souvent de proches installés dans le pays. En Amérique du Nord, explique-t-il, l’Aliyah commence seulement à devenir un véritable sujet de conversation pour certaines familles.
Il faut donc adapter l’information : expliquer le système israélien, ses avantages mais aussi ses contraintes, et surtout donner aux candidats des outils concrets pour préparer leur nouvelle vie.
Ofek Israeli organise ainsi des rencontres autour du marché du travail, de l’éducation, des études ou encore de l’armée. Des responsables du système scolaire israélien sont également invités à rencontrer les familles à l’étranger.
« On travaille énormément en amont parce qu’on croit qu’une Aliyah doit être préparée », résume Abitbol.

Ne pas forcément abandonner sa carrière du jour au lendemain

La question professionnelle reste l’un des principaux obstacles pour ceux qui ont déjà construit une carrière à l’étranger.
Et là encore, Arie Abitbol préfère éviter les promesses faciles.
Pour quelqu’un qui fait son Aliyah à 45 ou 50 ans, recommencer immédiatement à zéro peut être difficile. Lorsque cela est possible, il conseille donc parfois de conserver temporairement une activité professionnelle avec son pays d’origine.
Le travail à distance a profondément changé les possibilités. Ce qu’il surnomme « l’Aliyah Zoom » permet aujourd’hui à certains professionnels de continuer à travailler pour une entreprise ou des clients à l’étranger tout en commençant leur installation en Israël.
Pendant cette période, ils peuvent améliorer leur hébreu, comprendre le marché local et construire progressivement un réseau avant d’effectuer une transition professionnelle complète.
Mais cette transition exige aussi, selon lui, une certaine humilité.
« Il faut comprendre que ce qu’on était là-bas, on ne le sera pas ici. »
Un cadre expérimenté, un entrepreneur ou un professionnel reconnu dans son pays d’origine peut devoir accepter temporairement un poste différent, un niveau de revenus inférieur ou un statut moins élevé.
« Il faut baisser son niveau pour le remonter derrière », explique-t-il. Mais il ajoute aussitôt qu’Israël offre également « des opportunités énormes » et que cette remontée peut être rapide une fois les premiers obstacles franchis.
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
Global Aliyah Live Summit – Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
Arie Abitbol, directeur général d’Ofek Israeli
(Photo: Screenshot)

De nouvelles familles s’intéressent à l’Aliyah

Les profils évoluent eux aussi.
Abitbol observe notamment davantage de jeunes adultes, de jeunes couples et de familles avec de jeunes enfants qui choisissent de franchir le pas. À ses yeux, arriver autour de 27 ou 30 ans, lorsque les enfants sont encore petits, peut faciliter certains aspects de l’adaptation.
Il évoque également une récente cérémonie réunissant quelque 450 jeunes venus du monde entier pour s’engager dans Tsahal, un phénomène dont l’ampleur lui paraît nouvelle.
La décision peut néanmoins prendre des années.
Lors de salons organisés notamment au Royaume-Uni, raconte-t-il, certains visiteurs viennent initialement parler d’une Aliyah envisagée pour 2028 ou 2030. Mais derrière ces dates éloignées se cachent parfois des inquiétudes très concrètes.
Lorsqu’une famille obtient des réponses sur l’emploi, l’école, le logement ou ses droits, le calendrier peut soudainement se raccourcir.

À chaque communauté ses inquiétudes

Il n’existe d’ailleurs pas une seule liste de questions valable pour tous les futurs Olim.
Chez les anglophones, la langue revient souvent : comment vivre en Israël sans parler hébreu ?
Chez les Français, Abitbol constate que l’éducation des enfants occupe une place particulièrement importante. Les parents s’interrogent sur les écoles, les horaires, le niveau scolaire et la manière dont leurs enfants vont s’adapter.
Dans d’autres pays, l’immobilier ou le pouvoir d’achat peuvent constituer le principal frein.
« Chaque communauté a son sujet », explique-t-il. L’enjeu consiste donc moins à proposer une réponse unique qu’à comprendre les difficultés propres à chaque population et à préparer des solutions adaptées.
C’est aussi pourquoi Arie Abitbol reste convaincu de l’importance des rencontres physiques. Les campagnes numériques permettent d’informer, mais selon lui, rien ne remplace le fait de venir rencontrer les communautés, écouter leurs questions et leur répondre directement.
Car derrière les chiffres de l’Aliyah se trouvent des décisions profondément personnelles : quitter une carrière, une école, une maison, une langue et des habitudes construites pendant des décennies.
Et c’est précisément pour cette raison que son message aux candidats n’est pas de partir précipitamment.
Il est de préparer le départ suffisamment bien pour donner à cette nouvelle vie toutes les chances de réussir.
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