Faire son Aliyah signifie changer de pays, de langue, d’administration, de banque, mais aussi de système de santé. Et lorsqu’il s’agit de prendre rendez-vous avec un médecin, de comprendre vers qui se tourner ou simplement d’expliquer précisément ce que l’on ressent, la barrière de la langue peut rapidement devenir un véritable obstacle.
La clinique Kikar HaHoma de Clalit, à Jérusalem
(Video: Daniel Campos)
À la clinique Kikar HaHoma de Clalit, à Jérusalem, une partie de l’équipe parle français et connaît directement l’expérience de l’Aliyah.
Ruben Taïeb, né à Paris et élevé en banlieue parisienne, est arrivé en Israël à l’âge de 19 ans. Dr. Michel Mallah a étudié la médecine en France avant de faire son Aliyah il y a environ quarante ans. Après avoir travaillé dans plusieurs domaines, notamment la consultation et la recherche médicale, il exerce depuis une dizaine d’années comme médecin de famille chez Clalit.
Nathalie Timsit Ben Yair est diététicienne en chef à Clalit et travaille également auprès des enfants et des nourrissons.
Des soins au plus près des patients
La clinique propose un large éventail de services: examens de routine, vaccinations, suivi des maladies chroniques, consultations nutritionnelles et, lorsque cela est nécessaire, visites à domicile. L’objectif est notamment d’assurer un suivi régulier des patients et, lorsque cela est possible, de leur éviter un passage inutile à l’hôpital.
« Nous faisons tout pour que le patient puisse rester chez lui et n’ait pas besoin d’aller à l’hôpital », explique Ruben Taïeb. L’équipe peut également effectuer un premier triage des patients qui se présentent sans rendez-vous afin de déterminer les situations urgentes. « Nous sommes en réalité le premier point d’aide pour le patient lorsqu’il arrive chez nous. »
Pour le Dr Mallah, cette médecine de proximité passe aussi par l’écoute. « En général, je prends le temps d’écouter les patients », explique-t-il. Certains, dit-il, ont parfois besoin de davantage que les quelques minutes habituellement consacrées à une consultation. Son approche cherche donc à prendre en compte non seulement les symptômes physiques, mais aussi la dimension psychologique du patient.
L’accompagnement nutritionnel constitue également une partie importante du dispositif. L’unité dirigée par Nathalie Timsit Ben Yair compte une cinquantaine de diététiciennes, dont plusieurs francophones. Elles accompagnent notamment les enfants et adolescents, mais également les patients souffrant de diabète ou de prédiabète, de cholestérol élevé, de triglycérides élevés ou de problèmes liés au surpoids et à l’obésité.
Comprendre un système totalement différent
Mais pour un nouvel immigrant, trouver un médecin qui parle sa langue n’est qu’une partie du défi. Encore faut-il comprendre comment fonctionne le système de santé israélien. C’est précisément le rôle de Yael Cohen, conseillère chez Clalit, qui accompagne les nouveaux Olim avant leur arrivée et durant leurs premiers pas en Israël.
La différence avec la France est importante, explique-t-elle. Alors que le système français repose essentiellement sur une caisse d’assurance maladie, Israël compte quatre caisses de santé. Pour quelqu’un qui vient d’arriver, comprendre à qui s’adresser, comment obtenir un rendez-vous ou comment accéder à certains soins peut rapidement devenir complexe.
« Même les Israéliens ont parfois du mal à s’y retrouver, alors pour un Français, c’est encore plus difficile », souligne-t-elle. « L’un des défis est de comprendre comment cela fonctionne et comment accéder aux soins. Je pense que c’est la plus grande difficulté. »
Son travail commence parfois avant même que les Olim ne posent le pied en Israël. Elle prépare leur arrivée, répond à leurs questions, les oriente vers les structures adaptées et reste en contact avec les responsables des différentes cliniques afin de trouver des solutions en fonction des besoins.
L’accompagnement ne s’arrête pas non plus une fois les démarches initiales terminées. « Tant qu’ils en ont besoin, nous sommes disponibles », explique-t-elle. L’équipe tente également, lorsque cela est possible, de faciliter ou d’avancer certains rendez-vous.
« N’hésitez pas à appeler »
Pour les professionnels de Clalit interrogés, le message adressé aux nouveaux immigrants francophones est simple: ne pas attendre qu’une difficulté devienne un problème avant de demander de l’aide.
La langue, les différences entre les systèmes français et israélien et la multiplication des démarches administratives peuvent rendre les premiers mois déroutants. L’existence d’un interlocuteur capable d’expliquer le fonctionnement du système en français peut donc faire une différence importante.
« N’hésitez vraiment pas », insiste Yael Cohen. « Clalit a créé ce service parce qu’entre la langue et un système de santé différent, ce serait dommage de ne pas profiter de cette possibilité. »
Un simple appel peut permettre d’obtenir les premières réponses, rappelle-t-elle, en précisant que le service est gratuit et confidentiel.
Car réussir son Aliyah ne consiste pas seulement à trouver un logement, un emploi ou à apprendre l’hébreu. C’est aussi savoir vers qui se tourner lorsque l’on a besoin d’un médecin — et pouvoir, dans ces moments-là, être compris.







