Faire son Aliyah est souvent un choix mûri pendant des mois, parfois des années. Mais une fois la décision prise, les questions très concrètes arrivent rapidement : quels documents préparer ? À quelles aides peut-on prétendre ? Comment trouver un emploi, faire reconnaître ses diplômes ou apprendre l’hébreu ? Et surtout, vers qui se tourner une fois arrivé en Israël ?
Invitée de Jean-Charles Banoun dans le cadre du Global Aliyah Live Summit de Ynet Global, Eva Cohen connaît ces interrogations à la fois professionnellement et personnellement. Aujourd’hui directrice du secteur de Jérusalem et de Judée au ministère de l’Aliyah et de l’Intégration, elle a elle-même fait son Aliyah à l’âge de 14 ans, avant d'effectuer une carrière de 25 ans dans l’armée de l’air israélienne, qu’elle a terminée avec le grade de lieutenant-colonel.
Eva Cohen
(Vidéo : Lior Sharon, Tal Azulai, Tal Saar)
« J’avais des rêves sionistes, une volonté de monter en Israël », raconte-t-elle. À son arrivée, elle doit apprendre une nouvelle langue, terminer ses études puis trouver sa place dans une société encore largement inconnue. Elle choisit ensuite de s’engager dans l’armée malgré ceux qui lui expliquent que son niveau d’hébreu rendra le parcours trop difficile.
Cette expérience, dit-elle, influence aujourd’hui profondément sa manière d’accompagner les nouveaux immigrants. Une grande partie du personnel du ministère a elle-même connu l’Aliyah et comprend donc cette période particulière où des personnes qui avaient parfois une carrière, un statut et une vie parfaitement établis dans leur pays d’origine peuvent soudainement se retrouver en situation de vulnérabilité.
Un accompagnement qui commence avant l’arrivée
Pour Eva Cohen, l’une des erreurs serait d’attendre d’être en Israël pour commencer à poser ses questions. Des conseillers peuvent déjà accompagner les candidats à l’Aliyah en France et leur fournir des informations sur leurs droits et les démarches à anticiper.
Puis vient l’arrivée à l’aéroport Ben-Gourion et le début d’un parcours administratif qui peut être plus rapide que beaucoup ne l’imaginent. Selon Cohen, le secteur du ministère correspondant au lieu de résidence du nouvel immigrant est informé de son arrivée et prend ensuite contact avec lui.
« Je suis votre conseillère pour les dix prochaines années », résume-t-elle à propos du message adressé aux nouveaux Olim.
Car contrairement à l’idée selon laquelle l’aide du ministère se concentrerait uniquement sur les premières semaines, l’accompagnement peut se poursuivre pendant plusieurs années. Les conseillers reprennent contact avec les Olim à différentes étapes afin de savoir où ils en sont et quels nouveaux besoins sont apparus.
Parmi les dispositifs présentés lors des premiers rendez-vous figurent notamment le panier d’intégration versé pendant les premiers mois, l’apprentissage de l’hébreu, certaines aides au logement ainsi que, plus tard, des formations professionnelles. L’intégration passe également par une coopération avec les municipalités, notamment pour les questions liées à l’éducation, aux quartiers et à la vie communautaire.
L’emploi, l’un des grands défis de l’Aliyah
Avec l’éducation, l’emploi reste selon Eva Cohen l’une des principales inquiétudes des nouveaux arrivants. Pour un professionnel expérimenté en France, la crainte est souvent la même : devoir recommencer sa carrière à zéro.
La reconnaissance des diplômes et des professions réglementées constitue donc une étape importante. Cohen souligne que des démarches peuvent être entreprises avant même l’Aliyah avec l’aide des différents organismes et conseillers spécialisés.
Mais obtenir une équivalence ne suffit pas toujours. Il faut aussi comprendre une nouvelle culture professionnelle. « En Israël, le travail, c’est différent », rappelle-t-elle, soulignant que même la manière de rédiger un CV peut changer d’un pays à l’autre.
Et sur ce point, son conseil est particulièrement clair : apprendre l’hébreu le plus tôt possible.
« La clé, la vraie clé, va rester l’apprentissage de l’hébreu », insiste-t-elle. Commencer avant l’Aliyah peut, selon elle, faire gagner un temps considérable lorsqu’il faudra ensuite entrer sur le marché du travail et construire sa vie quotidienne en Israël.
« Il y a beaucoup de choses à faire en amont »
Cette préparation devient d’autant plus importante que le nombre de Français choisissant Israël est en hausse. Eva Cohen évoque entre 5 000 et 6 000 Juifs de France attendus cette année, un niveau qu’elle décrit comme particulièrement élevé par rapport aux dernières années.
Elle se souvient notamment de l’arrivée, en juillet, d’un avion rempli de familles avec de jeunes enfants : « C’était extrêmement émouvant, tout en sachant que ça ne va pas être facile. Mais on va faire en sorte d’être là pour eux. »
Aux futurs Olim dont le dossier est déjà ouvert, elle recommande donc de ne pas considérer les mois précédant le départ comme une simple période d’attente. Documents scolaires, diplômes, informations sur les différents systèmes israéliens, emploi et langue : beaucoup peut être préparé avant le départ.
L’Aliyah ne supprime pas les difficultés d’une installation dans un nouveau pays. Le système israélien est différent du système français, y compris dans son fonctionnement social et administratif. Mais Cohen estime que les nouveaux arrivants découvrent aussi une autre dimension de l’accueil : une relation souvent beaucoup plus personnelle avec ceux qui les accompagnent.
Elle raconte ainsi voir parfois des Olim sortir d’un rendez-vous avec les larmes aux yeux, étonnés par l’accueil reçu dans un bureau gouvernemental.
Derrière les formulaires, les droits et les démarches administratives, c’est finalement ce message qu’elle souhaite transmettre aux francophones qui préparent leur départ : l’intégration prend du temps, mais ils ne sont pas censés la traverser seuls.



